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Exposition “Ce(ux) qui nous lie(nt)” : l’artiste Tristan d’Orgeval, héritier du surréalisme par l’écriture automatique

Léa Millet 19 janvier 2026
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crédit photo : Audrey Murani

Ce(ux) qui nous lie(nt) ne se voient pas toujours, mais façonnent nos manières d’être ensemble, de créer et de regarder. À l’occasion de cette exposition, l’artiste Tristan d’Orgeval nous invite à plonger dans sa pratique artistique. Une ode au courant surréaliste, dans laquelle l’écriture automatique se déploie comme une cartographie vivante de l’esprit. La transmission est alors au cœur de son travail tout comme la revalorisation de l’artisanat par l’écriture manuscrite.

Tristan exècre l’immobilité, de nature hyperactive, il se complaît dans l’action et créer devient pour lui un réflexe. Souffrant de l’inertie imposée sur les bancs de l’école, il se prend de passion pour le geste manuscrit. Cette passion est grandissante et devient peu à peu une obsession. D’abord, comme une lutte contre l’immobilité puis comme un hymne à la création. Il a un intérêt tout particulier pour les brouillons qu’il qualifie de « témoins de la pensée crue et intime ». Ainsi, Tristan tend à se pencher vers un travail d’introspection qui n’était au départ qu’un besoin compulsif. Tombé dans une forme de lâcher-prise, il laisse libre cours à sa plume : il ne s’agit plus d’inventer mais plutôt de laisser venir.

crédit photo : Adrien Radulovic

C’est durant son année de Bachelor qu’il est dirigé et initié aux pratiques semi-conscientes telle que l’écriture automatique par Alfonso Borragán son professeur et artiste.
C’est à ce moment que Tristan découvre le courant surréaliste, porté par André Breton dans la volonté de libérer l’esprit humain. André Breton cherche à atteindre la « surréalité » par l’art, un état où les oppositions disparaissent. Un état où le rêve et la réalité ne font qu’un, où le conscient et l’inconscient ne seraient plus deux entités distinctes et où le réel et l’imaginaire se confondent. L’art est alors un outil (ici l’écriture automatique) pour parvenir à cette fin et c’est ce qui a séduit Tristan.
André Breton donne, dans le manifeste du Surréalisme (1924), les directives de cet exercice :
« Écrivez-vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas vous retenir et ne pas être tenté de vous relire. La première phrase viendra toute seule, tant il est vrai qu’à chaque seconde il est une phrase, étrangère à notre pensée consciente, qui ne demande qu’à s’extérioriser… »
L’alliance des contraires est recherchée depuis longtemps pour atteindre une sorte d’extase, un état de plénitude déjà pensé par Victor Hugo lorsqu’il unit la beauté et le tragique, la lumière et l’ombre pour en faire émaner toute l’intensité de l’expérience humaine.

Le geste manuscrit devient un médiateur pour que le conscient dialogue avec l’inconscient :

« Quand je me plonge dans les écrits et que je force mon flot de pensées à s’écouler, j’arrive dans des zones de mon conscient et de mon inconscient auxquelles je ne m’attendais pas. »

En pratiquant, l’artiste envisage de se découvrir.

crédit photo : Noémie Frachon

Le geste de l’écriture automatique allie ainsi l’esthétique et le thérapeutique.
La plume virevolte sur la page telle une danseuse effrénée, obsédée par le prochain mouvement qu’elle fera. Cette pratique laisse sur le support un déferlement irrégulier de pensées se traduisant par des mots, des signes, des lignes, des vagues, des torrents : une carte mentale abstraite témoin de la pensée plongée entre conscient et inconscient.
L’écriture devient immersive car elle nous plonge dans cet univers que nous propose l’artiste. L’écriture par ses formes devient dessin, elle peut parfois s’apparenter à des hiéroglyphes laissant  planer comme un mystère autour de l’œuvre d’art : on aurait presque envie de la déchiffrer comme si une vérité s’y cachait. Le spectateur ne lit pas, il est saisi de manière presque irrésistible au point de ne plus vouloir détacher ses yeux.

« Esthétiquement, j’aime le côté immersif de l’écriture quand elle est monumentale. (…) j’aime l’aspect introspectif thérapeutique et créatif. »

Tristan, en utilisant ce mot « monumentale », prouve que l’écriture détient une valeur à transmettre, c’est une écriture dans l’espace : créer, pour lui, c’est offrir une manière de voir le monde, proposer une perspective que chacun peut s’approprier.

Dans un monde régit par les écrans dans lequel l’écriture se résume à taper sur des touches de manière succincte, Tristan, lui revalorise l’artisanat de l’écriture manuscrite la transformant en art.
Il s’inscrit de cette dynamique de transmission en trouvant sa place dans le monde des surréalistes, un courant qu’il prolonge et réactive .
L’exposition Ce(ux) qui nous lie(nt) met à l’honneur la transmission et explore les frontières entre l’art et l’artisanat. Tristan s’inscrit tout à fait dans cette dynamique :

« La transmission est particulièrement importante dans la création pour moi. Je crois que créer c’est offrir d’autres manières de voir et de penser le monde, partager sa perspective pour que les autres s’en emparent et l’interprètent à leur manière.  »

C’est entre la création, l’esthétique et le thérapeutique que se trouve le travail de l’artiste alliant les opposés du conscient et de l’inconscient.

Parce que ce(ux) qui nous lie(nt), c’est ce qui fait sens, sans jamais se figer.

Où ? La maison de la Conversation : 12 Rue Maurice Grimaud, 75018 Paris.
Quand ? À partir du vendredi 23 janvier jusqu’au dimanche 25 janvier 2026.

Léa Millet

 

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